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Le petit voyage en Crète — Chapitre 10

Jour 10

La Crète – Jour 10La Crète – Jour 10

À l’aube du 10e jour… Non, ça ne marche pas, parce que lorsque nous émergeons, l’aube est passée depuis longtemps. IL nous aura fallu une dizaine de jours pour adopter un rythme de croisière posé. Dommage que le séjour se termine…

Après un petit déjeuner comme il faut, nous prenons nos affaires et la voiture, direction la côte au sud-est de notre position.

Le trajet du jourLe trajet du jour

L’aventure a failli mal se dérouler, à cause de cette andouille de GPS Google. La majorité du temps, il est plutôt serviable. Mais, en Grèce, il peut se retourner contre le touriste innocent1. Parce qu’il faut garder deux choses à l’esprit quand on est un GPS dans la campagne en Grèce :

  1. Les Grecs roulent souvent avec de gros 4×4 pickups qui n’ont peur de rien
  2. Une route, c’est une route. Ça n’implique pas forcément qu’elle soit goudronnée ni à l’horizontale.

C’est ainsi qu’à peu près à mi-parcours, le GPS s’est mis en algorithme de nous faire prendre un raccourci à flanc de colline, raccourci qui se transforme vite en chemin caillouteux qui n’a pas été sans nous rappeler le trekking vers Balos. Ça nous fait marrer une demi-minute, mais après, comme la « route » commence à ressembler à un chemin de chèvre, et que des claquements de cailloux contre le bas de caisse deviennent un peu trop réguliers, on commence à se dire qu’au final ce n’était pas une si bonne idée, ce raccourci, monsieur Gougeulle.

On organise donc un conseil de guerre2 impromptu pour savoir quelle est l’option la plus prudente : continuer ou faire demi-tour. Finalement, on continue. Et, en définitive, on parvient à retrouver une route carrossable, et la voiture n’en a pas souffert. Ouf.

Nous hésitons plusieurs fois sur l’endroit exact où s’arrêter, faisant un aller par ci, un retour par là. Nous nous décidons de manière unanime3 pour la plage d’aghios Georgios. D’abord, nous nous arrêtons à un premier parking pratiquement désert, bordé d’un côté par trois mini appartements cubes en location saisonnière4 et un café restaurant dont la terrasse fermée donne directement sur la mer. Tout le monde descend et zieute ici ou là. Après quelques minutes, la décision est encore une fois unanime : oui, mais non.

Le coin ne nous dit finalement pas. Le café restaurant est peut-être sympa, mais il est lui aussi pratiquement désert et on ne se voit pas rester une bonne partie de la journée enfermés dans la grande véranda. D’autre part, l’accès à la mer semble un peu compliqué par un rude escalier collé à ce qui est quasiment une falaise.

On reprend la voiture pour quelques dizaines de mètres pour se garer (très péniblement) sur le parking d’un autre accès à la mer. L’endroit est plus peuplé, mais de beaucoup plus accueillant. Un grand bar paillote (encore fermé à notre arrivée) surplombe un bout de plage sablonneuse. On y descend, sans regret pour l’escale précédente.

La plage d’Agios YorgosLa plage d’Agios Yorgos

La plage est chouette bien qu’un peu petite. Ce qui pose deux inconvénients majeurs : la promiscuité et l’absence quasi complète d’endroits à l’ombre, ce que rend un vent capricieux encore plus compliqué. L’idée de planter un parasol est avortée avant même d’avoir été tentée. Nous étalons donc nos affaires de farniente où on peut, et on se précipite à l’eau avec délice.

Comme personne n’est aussi aquatique qu’Helene, moi et les amis ne restons pas plus qu’il n’en faut à barboter. Une fois rafraichis et délassés, on se dit qu’un peu de farniente horizontal serait chouette. Las, comme je l’ai précisé plus haut, point d’ombre, point de salut. Le soleil tape si fort qu’on dirait que la plage va finir vitrifiée.

En creusant5 un peu, Pascal finit par dénicher une semi-grotte. C’est un minuscule recoin sous un promontoire rocheux qui sert d’assise à l’escalier menant au bar restaurant. L’espace est si petit que pour que nos trois têtes restent au frais, une certaine quantité de membres inférieurs doivent obligatoirement dépasser du tapis d’ombre. On se sert donc un peu comme on peut dans un confort tout relatif. Du coup, ça n’aurait pas été tellement étonnant que quelqu’un nous donne la pièce en passant.

Pendant ce temps-là, Helene barbotte au loin.

Au bout d’un certain temps, on se dit qu’on pourrait tout aussi bien profiter des chaises et de l’ombre du bar et –s’il a daigné ouvrir entretemps– d’un truc frais à siroter. Nous voilà donc à migrer de notre mini-grotte néanderthalienne à l’une des terrasses de la paillote située juste au-dessus de nos têtes.

L’endroit, qui est désormais ouvert et qui commence à s’agiter, est assez étrange et amusant. C’est un assemblage hétéroclite de terrasses et recoins dont on a l’impression que chaque élément a été ajouté au fur et à mesure sans chercher à donner à l’ensemble une autre cohérence que celle de pouvoir passer d’un endroit à un autre. Un peu comme un débutant qui s’essayerait à Minecraft6. Le point central de ce jeu de Lego géant étant la cuisine-bar, seul bâtiment en dur de l’ensemble. Et, pour renforcer l’atmosphère rigolote, on a fini par deviner que la boutique tournait grâce à quatre personnages dont le point commun est d’avoir un certain âge, d’être copieusement barbus et bedonnants7, et d’avoir d’une manière générale un look de bikers repentis.

Bref. Tandis qu’Helene continue à faire des brasses au large, nous nous posons plus confortablement, bien assis, et surtout à l’abri du soleil et du vent. Et, pour ne rien changer à ce qu’on apprécie, nous commandons une tournée de Freddo.

Quelques minutes heures instants moments plus tard, Helene finit par nous rejoindre, et après avoir à nouveau consommé du sucré glacé, nous nous mettons d’accord pour jeter un œil au menu local, parce que personne n’a la moindre once de courage de remonter prendre la voiture et s’élancer à l’aventure de chercher un restau sympa pour ce midi.

Et on a bien eu raison !

Nous commandons8 des dakos et du poulpe grillé, et nous nous risquons même à tenter des roulés de tranches d’aubergine grillées, fourrés à la feta et au pesto, oint d’une vinaigrette balsamique, mais-pas-que9 qui se sont avérés délicieux. Un excellent repas (humidifié à la bière bien fraîche), dans un chouette cadre, avec même un spectacle comique improvisé : deux dames essayent pendant de longues minutes d’installer une tente en plein vent, en s’emmêlant copieusement les pinceaux, pour finir par abandonner, dans les deux sens du terme. Lorsque nous sommes repartis, la tente avachie et lestée de pierres était encore toute seule sur la plage.

Après avoir pris le temps de digérer et d’apprécier jusqu’à la dernière goutte du lieu, on se dit qu’on bougerait bien. Pas pour rentrer encore, mais pour aller voir ailleurs. Parce que, pourquoi pas ?

La sortie du parking prend un peu de temps et de précautions. Ledit parking est une langue de terre caillouteuse où tous les visiteurs participent à un jeu étrange et tacite : chiche, on gare plus de voitures que c’est possible ! Donc, s’extirper du lieu se fait avec les mêmes précautions qu’un chirurgien ôtant un calcul rénal par endoscopie à un patient dont on aurait oublié l’anesthésie.

On arrive quand même à repartir sans altérer le moins du monde la beauté virginale de notre véhicule.

Nous nous arrêtons à peu près à mi-chemin du retour, à la plage dite aghia Galini. Une longue plage bordée de terrasses, restaurants, bars, terrains de jeux pour enfants et mosaïques de transats à louer.

Le vent n’étant pas décidé à tomber, nous nous contentons de nous affaler dans de larges et profonds fauteuils. L’ambiance n’est pas du tout la même qu’à la paillote improbable des ex-Hell’s Angels grecs. Ici, nous sommes dans le calme, le luxe et la volupté10. Le calme est relatif, le vent a fait fuir la plupart des estivants, mais lui ne se fait pas vraiment oublier. Cela dit, nous avons quand même notre lot d’attractions, grâce à quelques promeneurs et surtout un homme qui aura livré un long combat contre les éléments pour parvenir à installer correctement un matelas sur son transat malgré les facétieuses bourrasques.

Et puis, après une tournée de boissons diverses, des conversations sympas et un ou deux piquages de nez, nous décidons de lever le camp. Retour à la voiture, sur la route, et enfin à la villa11. Villa où l’essentiel de la soirée se passe en dessablage, rangement, nettoyage et envalisage. Parce que oui, c’est triste de l’admettre, mais le vol de retour est pour demain…

Le soir, nous restons à profiter une dernière fois de la terrasse, grâce à une tournée d’ouzo, une salade improvisée de restes accompagnée d’un vin blanc.

Et, puis, dodo…


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  1. Ou pas si innocent que cela, puisque ça nous était déjà arrivé par le passé.↩︎

  2. Ponctuées des mêmes « c’est comme vous voulez » et autres « comme ça vous dit », mais sur des tons moins détachés qu’à l’ordinaire.↩︎

  3. Unanime sur : « Moi, tout me va »…↩︎

  4. Mais visiblement inoccupés.↩︎

  5. Ha ha ha…↩︎

  6. Oui, la comparaison vaut ce qu’elle vaut, mais j’assume.↩︎

  7. Sauf pour le chef en cuisine, qui était plutôt grand et sec, mais copieusement barbu quand même.↩︎

  8. Coustons… désolé…↩︎

  9. La composition de la sauce fait encore débat.↩︎

  10. Ou, en tout cas, c’est ce que ça tente d’être.↩︎

  11. Avec une escale d’avitaillement.↩︎

Dans les épisodes précédents… Le petit voyage en Crète — Chapitre 9 Le petit voyage en Crète — Chapitre Final
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