Un peu de mer du côté de Lavera
Je suis épuisé. Épuisé d’attendre, épuisé de me donner l’impression de réclamer. Épuisé de croire que parce que quelqu’un avec qui je m’entend bien me fait une promesse innocente pour ne jamais la tenir.
« On ira se boire un coup, dans les jours qui viennent ? »
« Faut que je t’invite à la maison avant que je déménage. »
« On bosse sur un truc, ça devrait t’intéresser. Faut qu’on en parle. »
« C’est l’anniversaire de ██████████ à la fin du mois. On t’invitera ! »
« Je vais faire une pendaison de crémaillère. Je t’appelle ! »
« J’avais la tête sous l’eau cette semaine. Promis, la semaine prochaine on se fait un truc… »
Etc. Etc. Etc…
Et qui suis-je pour relancer, réclamer, rappeler ma modeste personne à leur bon souvenir ?
Je l’ai fait. Je le fais encore. Mais au bout d’un moment à quoi bon ? Après deux ou trois non retours, est-ce encore la peine d’insister ?
Et le pire c’est que ça marche dans les deux sens. Je peux lancer des propositions régulièrement, ça ne marche pas mieux.
J’ai toujours une invitation à dîner chez nous pour un couple de collègues en suspens depuis bientôt cinq ans. J’attend toujours une réponse.
J’ai une offre de tournée de bières offerte à deux collègues formateurs perdue dans les limbes depuis 2020.
J’ai même offert à un pote de faire le taxi pour aller boire un verre en terrasse à 5 minutes de la maison. Ça tombe toujours mal. Notamment parce qu’il est arrivé qu’il ait déjà commencé l’apéro de son côté.
Côté professionnel, j’ai un peu eu droit à la même chose. Ma collaboration à une série de podcasts s’est achevée. Et, avec elle, c’est d’un côté une relation plumitive amicale qui ne donne plus signe de vie, et de l’autre un enthousiasme partagé pour beaucoup de sujets en commun, qui se traduisaient en idées et volontés d’écritures, qui semble désormais emmurée dans un silence terrible.
Même au niveau familial, c’est un peu la même chose. À part des rappels de dates d’anniversaires à ne pas oublier, et que je dois assurer d’un coup de fil diplomatique, personne ne semble enclin à m’appeler en retour.
Bref, j’ai toujours l’impression d’être celui qui réclame dans le vide. Et que dois-je en penser ? Est-ce qu’à terme je dois comprendre que je donne une fausse bonne première impression qui se traduit dans le temps par un évitement qui permet d’éviter l’ennui de ma présence ?
Personne n’a été, jusqu’à maintenant, assez franc avec moi pour me le dire en face.
Alors en attendant, j’ai décidé de finir d’en être fatigué. Je ne relance plus. Je ne sollicite plus. J’essaye d’oublier qu’on devait se voir, faire des trucs, hahaha promis la semaine prochaine je serai plus libre.
Je vais ressasser, me morfondre, chouiner silencieusement dans mon coin. Mais l’intention ne sera plus de mon côté.
Chers « potes ». Vous avez tout ce qu’il faut pour me faire mentir. Libre à vous.