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Une Petite Madeleine : Le Starbird

Je ne suis pas un collectionneur1, pas un geek qui s’accroche à un moment d’enfance idéalisé, à la manière de Davy Mourier avec son format Culture Z, par exemple.

Il y a, par contre, des choses de notre vie avec lesquelles ont avance sans s’en préoccuper trop, comme un paquet qu’on a glissé dans une poche, dont le poids et le volume deviennent familiers, rassurants, au point qu’on les oublie, qu’on les intègre sans plus y penser.

Et, parfois, on replonge la main dans la poche, on tâte les contours, la texture en se demandant ce qu’on est en train de toucher, ce que ça fait là.

Ce phénomène mémoriel m’est arrivé il y a quelques jours, sans raison particulière. J’ai retrouvé un souvenir d’enfance, un jouet. Le Starbird.

La boite du jouetLa boite du jouet

Ce jouet, je l’ai reçu pour un noël. Lequel ? Je n’en ai qu’une très vague idée2. Tout ce dont je me souviens, c’est que nous habitions alors le pavillon de fonction paternel à Blois, quelque part dans les années 80.

L’auteur, venant de déballer son nouveau jouet préféré pour pas mal d’années.L’auteur, venant de déballer son nouveau jouet préféré pour pas mal d’années.

Il s’agit d’un vaisseau spatial, à l’allure au croisement entre Star Wars, Galactica et sans doute d’autres sources d’inspiration de l’époque. L’appareil lui-même est mono-bloc, de couleur grise, ornée de stickers et d’éléments peints3.

Une version améliorée de mon StarbirdUne version améliorée de mon Starbird

En lisant les blogs et pages qui lui sont consacrées, j’ai (re)découvert qu’il était plus complexe que dans mon souvenir ; certains des gadgets variaient en fonction du modèle, et je suis incapable de savoir lequel j’avais.

Néanmoins, certaines choses se sont réveillées à mes souvenirs ; le museau est orné de deux cônes translucides rouges s’éclairant pour mimer des tirs lasers (avec un bruitage horripilant), les ailerons des ailes se détachent pour former un mini vaisseau, et l’appareil pouvait diffuser un son de réacteur variant selon l’inclinaison de l’appareil.

Le museau du vaisseau, et ses deux piouh-piouh lumineuxLe museau du vaisseau, et ses deux piouh-piouh lumineux

D’autres détails ne me disent rien, ça devait être une version plus élaborée ; une tourelle de tir mobile, et la possibilité de détacher la partie avant et le réacteur pour former un mini-vaisseau.

Version améliorée : on voit bien la tourelle et l’endroit où l’avant se détacheVersion améliorée : on voit bien la tourelle et l’endroit où l’avant se détache

Mais, étonnament, ce qui est revenu le plus vivement à mon esprit, c’est la base qui l’accompagnait. Il s’agissait d’un plateau assez grand pour y poser le Starbird, et d’une tour ouverte où une grue pouvait être installée4. Il y avait également quelques petites figurines en plastique5.

La fameuse baseLa fameuse base

Je n’ai pas été vraiment honnête en préambule de cet article ; il y a eu un élément déclencheur à la remontée de ce souvenir à la surface granuleuse de mon esprit ; j’ai regardé, il y a quelques semaines sur le net, un petit reportage nostalgique sur les origines et la diffusion du dessin animé Capitaine Flam.

Bien entendu, les relations les plus directes qu’on peut faire entre cette série et ce jouet concernent l’époque et le genre ; la science-fiction des années 80.

Mais je me suis rendu compte qu’il y avait un sentiment commun aux deux que j’avais développé à l’époque. Un sentiment de curiosié mélangé à un malaise. Et cela concerne les décors, l’environnement.

En effet, si les appareils décrits visuellement dans Capitaine Flam (et d’autres productions de l’époque, comme Ulysses 31 pour ne citer que lui) sont représentés comme des assemblages d’éléments mécaniques de hautes technologies6, il en allait de même des lieux et des costumes.

À très peu d’exceptions près, les lieux où se déroulent les histoires de ces séries sont toutes constituées d’immenses parois métalliques, assemblées sans autre logique qu’un soucis techno-esthétique et ornés de tout un tas de bidules clignotants, de jauges lumineuses et de boutons proéminents.

Pire encore ; les costumes eux-même étaient souvent bardés de ces mêmes appareils aux fonctions aussi imprécises que visiblement peu pratiques pour ceux qui les arboraient.

Le torse cyber-viril du Captain Flam. Un appareillage sans réelle fonction…Le torse cyber-viril du Captain Flam. Un appareillage sans réelle fonction…

Or, donc, tout petit déjà, je me suis interrogé sur cette ominprésence de techno-métal partout. Aucune décoration, aucune présence végétale ou minérale.

Car, en fait, sans le formaliser de manière aussi claire, j’en étais venu à la conclusion que le futur était triste et angoissant. Vous vous imaginez vivre dans un tel environnement ?

Même l’intérieur de l’I.S.S. n’est pas aussi froid et irhumain ; on y voit très peu de métal, les surfaces sont faites pour éviter tout choc brutal, et tant qu’ils le peuvent, les astronautes peuvent personnaliser quelques espaces, pour rendre la vie à bord plus sympa.

Et c’est ce que ce jeu a fait ressurgir, en fait. Non pas l’appareil lui-même, avec lequel je me souviens avoir énormément joué. Mais, la base elle-même n’avait en fait aucun sens.

Chacune de ses surfaces est faite de plaques de métal, de voyants, d’écrans, de boutons, en dépit de sa fonction. Ici un simple mur va être orné d’un panneau de commande à une hauteur inaccessible. Là, le même servira d’appui à un des pieds du vaisseau lorsqu’il y est posé.

En me relisant, je me rend compte à quel point j’ai du mal à décrire le sentiment étrange que ce jouet —et les décors des séries mentionnées plus haut— m’a procuré et me procure encore. Un sentiment de malaise lié à l’absence de logique, de cohérence.

C’est peut être pour cela qu’encore maintenant, quand je conçois des récits, que je raconte des histoires, je tâche que tout puisse fonctionner, que rien n’arrive sans raison, que tout ce que j’invite dans l’histoire puisse être argumenté7.

Tout ceci n’a que peu d’importance, mais finalement, j’ai retrouvé ces images de ce jouet avec un petit plaisir nostalgique8. Je ne vais quand même pas allez jusqu’à tenter d’en acquérir un. D’abord parce que, comme dit plus haut, je n’ai pas de tendance collectionnite pour ce genre de choses, mais aussi parce que les prix pratiqués pour des boites d’occasion sont effrayants9.

Voilà, c’était ma petite madeleine du moment. J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop de l’avoir partagé avec vous.

Et ne vous embêtez pas avec les miettes, je passerai le balais après.



  1. Un peu, mais pour d’autres trucs, dont je ne profite pas encore…↩︎

  2. Il faudra que je demande à mes parents…↩︎

  3. Le cockpit, par exemple, est noir opaque.↩︎

  4. Je n’ai plus aucun souvenir de cette grue.↩︎

  5. Pareil, aucun souvenir de les avoir eu. Mais je soupçonne que ce furent des pièces très rapidement égarées…↩︎

  6. Tels qu’on se les représentait à l’époque, hein… Les écrans et les panneaux de commandes restant tout de même plus proche d’une salle de commande de centrale nucléaire russe que du cockpit d’un Crew Dragon↩︎

  7. Dans la mesure de mes faibles connaissances scientifiques. Mais j’écris pas du Neil Stephenson non plus…↩︎

  8. Avant de retrouver des photos du jouet, je me suis même demandé s’il avait vraiment existé.↩︎

  9. J’ai vu le set de base ; le Starbird monobloc seul, aux alentours de 300€. Les sets comprenant la base ou la version améliorée montent très haut.↩︎

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