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Le petit voyage en Crète — Chapitre 8

Jour 8

La Crète – Jour 8La Crète – Jour 8

Au programme du jour, un bout de route vers la plage de Preveli, aussi surnommée la Palmeraie.

Le trajet du jourLe trajet du jour

Ça nous fait un peu plus d’une heure de route qui traverse plaines, petits villages, bouts de montagnes et autres paysages aussi sympas que changeants.

Un bout de paysage sur la route vers la plage de PreveliUn bout de paysage sur la route vers la plage de Preveli

On se gare sur le parking de l’hôtel-restaurant Dionyssos, qui borde la plage Drymiskiano Ammoudi. On ne s’y arrête pas, parce que notre but est encore à 10-15 minutes de marche.

Ce qui nous rassure, c’est que tout cela n’a rien à voir avec Balos. On attaque donc notre micro randonnée avec le sourire et nos tas d’affaires de survie balnéo-farnientaire.

Sentier escarpé vers la plageSentier escarpé vers la plage

En fait, le sentier permet de contourner un promontoire rocheux pour pouvoir accéder à la plage de Preveli même. Bien qu’assez accidentée, la traversée n’a rien de difficile. Par contre, la vue offerte sur le lieu, avant d’y descendre, est vraiment chouette :

Aperçu en hauteur de la plageAperçu en hauteur de la plage

L’endroit est fort joli vu d’en haut. Il ne semble pas tellement ombragé, mais c’est trompeur. Il y a suffisamment d’arbres pour à peu près tout le monde. Donc nous dégringolons les derniers mètres1 pour nous auto attribuer une place suffisamment grande dans une petite clairière ombragée, confortable et presque propre2. Et, donc, première chose…

Le rocher-cœur qui rend également célèbre ce bout de plage (© Catherine B.)Le rocher-cœur qui rend également célèbre ce bout de plage (© Catherine B.)

Non, en fait, nous ne nous précipitons pas à la mer. Parce que la particularité du lieu, qui lui donne son surnom de « Palm Beach », c’est sa palmeraie qui pousse autour d’un long cours d’eau très placide et qui se termine dans un vaste marigot peu profond que la plage sépare de la mer.

Ça commence par un long bassin très peu profond d’eau douce et chaude, sur fond de sable et gravier de plage. Ensuite, il faut remonter pendant un sacré bout3 le cours d’eau lui-même. Là, ça peut être vu comme une sorte d’épreuve en soi. Le cours d’eau s’écoule très lentement, l’eau donne l’impression d’être stagnante, turbide à souhait et sent parfois bon la tourbe. Et le lit est fait d’une matière visqueuse où le pied s’enfonce volontiers, avec tout le velouté qu’on peut attendre d’une bonne vase maison, jusqu’à ce qu’on pose avec toute la délicatesse possible la plante sur un bout de branche ou un caillou parfois malicieusement pointu.

L’entrée du ruban d’eau de la palmeraie (© R.Koivisto)L’entrée du ruban d’eau de la palmeraie (© R.Koivisto)

Néanmoins, si longue semble la remontée du cours, elle est quand même émaillée de rencontres amusantes et inattendues ; ça fourmille de canards et poules d’eau blasées par le passage des touristes, et on a même aperçu quelques tortues d’eau. Néanmoins, l’autre source de plaisanterie reste l’observation des différents comportements des autres usagers de l’endroit. Moqueries qui trouvent leurs limites au moment où on réalise que nous-mêmes donnons certainement une image tout aussi cocasse.

Sur les côtés de la palmeraie (© S.Brillakis)Sur les côtés de la palmeraie (© S.Brillakis)

Il est possible de remonter assez loin le cours d’eau. Mais on s’est limité aux premiers rochers. Après la placide étendue d’eau qui part de la plage et remonte vers les reliefs, on trouve bientôt un cours d’eau bien plus étroit et agité, cascadant entre des rochers et formant de petites bassines où il est rafraichissant et délassant de se prélasser.

Quand les poissons vous fichent la paix. Arrivé plus vite que prévu, j’ai attendu les autres, calé contre un rocher à me faire masser les jambes par le flux d’une petite cascade tandis que le reste de ma couenne restait tranquillement à flotter contre un bout de rocher.

Je n’y suis finalement pas resté très longtemps ; de petits poissons curieux et sans doute un peu en appétit n’ont rien trouvé de mieux que de commencer à me picorer le dos et les cuisses.

Non pas que ce soit dangereux. On est loin du gabarit d’un piranha. Mais, quand même, ça pique pas mal et quand ils s’y mettent à plusieurs, c’est vite désagréable.

Bref. On est resté à barboter un moment, avant de rebrousser chemin, cette fois non pas en pataugeant péniblement, mais en semi nageant en se laissant porter au gré du faible courant. Ça évite de trop s’enfouir les pieds dans le mou du sol et d’éviter des rencontres plantaires désagréables.

Finalement, le reste de la matinée a filé en baignades, torpeurs et admiration béate du ballet des bateaux-taxis qui amènent de petits flots de touristes depuis deux ports proches4. Et, soudain, on a faim.

Et, ça tombe bien, parce qu’à l’autre bout de la plage se trouve une cantine. Il est difficile de la décrire mieux, car c’est le seul nom qu’elle porte, et c’est exactement ce qu’elle est ; une cantine.

Composée de trois bungalows collés les uns à la suite des autres, elle offre une variété de services ; repas, snacks, gourmandises sucrées, glaces et boissons diverses. Et pour en profiter, une théorie de tables et de chaises est satellisée autour, face à la mer. Sympa.

La cantine (© Catherine B.)La cantine (© Catherine B.)

On s’attend à manger quelque chose de médiocre, industriel et sans doute cher, mais –sans aller jusqu’à dire que c’est de la grande cuisine– il faut reconnaitre que le dakos, les tyro et spanakopitès et les frites que nous avons commandées s’avèrent parfaitement corrects et à un prix raisonnable.

Sur ce genre de choses, et dans ce sens là, on aime beaucoup se tromper.

Après avoir profité du lieu et prit notre temps pour déguster notre repas la tête à l’ombre, les pieds dans le sable et face à la mer5, nous restons encore une heure ou deux à siester, barboter et discuter, avant de plier bagage et traverser la petite crête vers le parking où nous nous étions garés.

De retour à la maison, après un court crochet en supermarket pour quelque avitaillement sur le pouce. Une fois dans notre palace, c’est la routine habituelle ; douches, dessablage des affaires, repos bien mérité parce que quand même dis donc on a de rudes journées, et apéro à l’ouzo sur la terrasse, sur fond de crépuscule comme seule la Crète sait les faire.

Et, donc, parce que bon, on n’est pas du genre à rester sur un raté, nous téléphonons au Chrisopigi, le restaurant où nous voulions aller hier et d’où on s’est fait refouler comme de vulgaires touristes mal élevés sous le fallacieux prétexte qu’on n’avait pas réservé, et qu’ils étaient débordés à cause d’une sombre histoire de fête de village.

Nos ouzos éclousés, bien rafraichis et reposés, nous remontons la micro colline vers le centre de Kamilàri pour enfin prendre place autour d’une table ronde sur une jolie terrasse sous treille, comme des πολύ σημαντικά πρόσωπα6 que nous ne sommes pas.

L’ambiance du restaurant est vraiment sympa. On s’est régalés de baniès en sauce, de cette salade/crème d’aubergine déjà tentée à Matala, mais qui cette fois est non seulement mangeable, mais délicieuse, de favas, de poivrons à la Chrisopigi7 de roulés de jambons fourrés au saganaki, de souvlaki de porc fourrés à la feta, d’une souris d’agneau fondante sous la langue et ce qu’il faut de vin maison pour aider à se régaler de cette bombance-je-ne-sais-pas-ce-qui-nous-a-prit-de-commander-autant, mais on a fait honneur à la table.

Une chouette chose dont je ne me lasse jamais avec le service à la clientèle en Grèce, c’est l’apparente, mais amicale familiarité qu’ils installent si facilement. C’est parfois un peu outrancier, mais ça m’a souvent conduit à quitter certains lieux avec le même pincement au cœur que lorsqu’on quitte de bons amis8.

Ici, ça s’est concrétisé par le patron que j’ai croisé en allant aux commodités, et qui m’a pointé du doigt, un sourire éclatant au visage, pour me dire qu’il adorait ma chemise9.

Ensuite, vers la fin du repas, on nous offre le traditionnel raki digestif. Avec tout ce qu’on venait de se goinfrer, nous étions à peu près unanimes pour dire qu’on allait se contenter de contempler la bouteille et les quatre petits verres. Mais le serveur est repassé quelques minutes plus tard, avec un cinquième verre. Il a servi tout le monde et a trinqué avec nous.

Comment refuser ?

Sur ce, après un deuxième round de trinquage10, nous avons fait nos adieux et sommes rentrés tranquillement à la maison, pour nous écrouler comme des endives cuites à l’eau, prêtes pour s’enrouler dans une couette de jambon11 et faire un gros dodo.


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  1. Derniers mètres en altitude. Sinon c’est moins rigolo.↩︎

  2. Il a quand même fallu qu’on évacue quelque demi-douzaine de crottes de sucettes à cancer…↩︎

  3. Entre 400 et 600 mètres, selon l’estimation kivoskelvo© de Goguel Mappe.↩︎

  4. Ceux d’Agia Galini et de Plakias, après enquête.↩︎

  5. Et, sans doute, en partageant une cannette de bière glacée.↩︎

  6. traduction sans doute très approximative de V.I.P.↩︎

  7. Poivrons grillés et vinaigrés. Top.↩︎

  8. Un exemple criant pour moi, c’est la taverne «Heliotropos» sur l’île de Lesvos, où nous avons passé quasiment 15 jours, au point que le patron nous a même emmenés un jour rendre visite à son troupeau de chèvres.↩︎

  9. La sienne n’était pas mal non plus. Je pense que s’il me l’avait proposé, j’aurai volontiers fait l’échange.↩︎

  10. Avec un autre serveur. Ou ils ont un manque de coordination, ou c’est un piège…↩︎

  11. Je suis le roi de la métaphore.↩︎

Dans les épisodes précédents… Le petit voyage en Crète — Chapitre 7 Le petit voyage en Crète — Chapitre 9
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