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Le petit voyage en Crète — Chapitre 1

Jour 1

La Crète – Jour 1La Crète – Jour 1

Contrairement au précédent trajet d’avril dernier, le départ s’est fait dans la plus grande sérénité. On a même bénéficié d’un taxi privé avec chauffeur1, qui nous a amenés, nous deux et nos amis, sans souci à l’aéroport, avec une marge de temps bien confortable. L’enregistrement a failli être un peu confus à cause de la nouvelle application Ryanair qui permet de s’auto-enregistrer façon caisse automatique de supermarché. On a cru pouvoir en bénéficier, mais en fait non, donc on a fait la queue et la pesée, mais en fait et finalement si on avait le droit alors tant pis c’est fait. Vous suivez ?

Bref, l’essentiel ensuite a été de profiter des 40° réverbérés par le béton2 de l’entrée du terminal pendant l’heure de retard qui venait d’être annoncée pendant qu’on faisait la queue.

Une bouteille d’eau à prix qatari et beaucoup de papotages plus tard, nous nous sommes dirigés vers le contrôle. Alors qu’en général c’est toujours aléatoirement compliqué, alors que j’étais derrière le groupe, je suis sorti du contrôle de sécurité en premier. Ma compagne se battait avec sa multitude d’affaires à remettre dans les sacs, et nos amis étaient en inquiète discussion avec un agent concernant l’oubli non pas d’un tire-bouchon multifonction, mais deux tires-bouchons oubliés dans une poche du sac cabine. À leur grand étonnement, les deux objet potentiellement terroristes ont été acceptés en cabine. Tant mieux, ça nous a bien servi durant le séjour.

L’étape suivante était de se prendre un truc à boire et à grignoter, parce que faut pas rigoler avec ça, on n’aime pas voyager le ventre vide. Donc nous avons cassé notre Codevi pour acheter une bouteille et deux sandwiches triangles, dont un suédois. Puis, on a cherché où s’installer pour déguster notre pitance avec un minimum de confort.

Il nous est arrivé de partir en avion à peu près à n’importe quelle heure du jour (et presque de la nuit). Le hall d’embarquement post-contrôles est toujours plus ou moins peuplé, souvent moins que plus. Là, c’était pour moi la première fois que je le découvrais aussi bondé. Toutes les places assises étaient occupées, tous les pieds de murs étaient décorés. Seules certaines chaises du snack étaient encore libres, mais jamais plus de deux contiguës et on avait déjà acheté de quoi se sustenter.

Finalement, nous n’avons pas vraiment eu le loisir de nous en plaindre. On s’est fait aborder par deux jeunes qui nous ont entendu parler de la Crète. Ils voulaient savoir si c’était une destination qui valait le coup. Eux-mêmes se rendaient à Malaga pour le week-end, partant quasiment les mains dans les poches, sans même l’idée de savoir où dormir, puisque leur plan était de squatter quelqu’un lors d’une soirée ou au pire échouer sur la plage. Amusante conversation jusqu’au moment où l’un des deux nous a demandé si on était à la retraite. On leur a (métaphoriquement) cassé les dents et on est passé à autre chose.

L’autre chose étant que l’embarquement de notre vol a fini par être affiché. Donc, nous avons remonté le couloir jusqu’à la porte d’embarquement en grignotant nos sandwiches. Là, comme d’habitude, après un énième contrôle des billets, nous avons à nouveau attendu3 l’ouverture des portes pour nous précipiter, tels des amateurs de fausses nouveautés à l’annonce de la sortie d’un nouveau iPhone vers l’avion qui attendait placidement sur le tarmac.

Prêts à partirPrêts à partir

Là, il faut que je vous explique une des nouveautés de ces magnifiques crevards de chez Ryanair. Comme d’habitude sur toute compagnie low-cost, lorsque vous réservez un billet, vous avez le choix de payer ou non pour choisir votre place à bord. Naturellement, comme toute option de «confort» (tels les assurances d’assurances, les bagages supplémentaires, le coupe-fil, un massage des pieds en plein vol ou une spéciale dédicace du capitaine au moment d’atterrir), nous l’ignorons royalement. Parce qu’on s’en fiche d’être à l’avant, à l’arrière, près du hublot ou loin des toilettes.

Sauf que d’habitude, quand on réserve à plusieurs, même si nous ne choisissons pas nos places, nos billets sont contigus. Au pire, si nous sommes quatre et que les rangées sont de 2×3 fauteuils, il y en a un qui condescend à être de l’autre côté de l’allée. Pour 2 heures de vol, on fait avec4.

C’est fini tout ça, ma bonne dame. Si tu n’acceptes pas de payer les 7€ supplémentaires par passager et par vol, c’est la roulette ! Même si on réserve ses billets groupés, le placement sera forcément aléatoire. Nos quatre places à bord, prises en une seule fois au même moment, étaient éparpillées dans l’avion.

C’est mesquin.

Mais, comme beaucoup de mondes dans notre cas, après discussions et mises au point, nous avons pu échanger des places avec d’autres passagers afin de se regrouper au moins par couples.

Bref, nous étions dans l’avion, assis, ensemble. On pouvait y aller. Avec une heure de retard.

Crète, nous voilà !

On fait la course ?On fait la course ?

Yeepee !Yeepee !

À bientôt, Marseille !À bientôt, Marseille !


L’arrivée à l’aéroport de Chania se fait de nuit, ce que je trouve toujours décevant. À titre personnel, seuls le décollage et l’atterrissage sont sympas à observer. Le reste du vol est sans intérêt.

Une fois débarqués, deux choses nous sautent aux sens ; la chaleur humide et les senteurs des herbes chauffées par le soleil. Une chose est sûre ; nous sommes bien en Grèce.

Dans le hall, le loueur nous attend. Après les présentations, il nous demande comment on compte régler. Naturellement, Pascal5 répond qu’il va régler par carte6. Naturellement, le loueur, sans se départir de son sourire, nous explique qu’il n’a pas l’appareil sur lui, et que ce serait plus simple qu’on paye par cash. Il va même plus loin…

— Je peux vous faire une remise si vous payez en liquide.
— Combien la remise ?
— Disons… 20€ ?
LOOOOL !

Après cette démonstration d’humour grec et d’intéressé, nous le suivons jusqu’au véhicule. C’est un Citroën Berlingo. « Le même que nous ! » nous nous étions écriés lorsque Pascal nous avait confirmé la location. Depuis, et surtout durant le trajet vers l’aéroport, nous avions fait la réclame de la voiture et de ses fonctionnalités ; affichage tête haute, alerte de trajectoire ou de véhicule proche, frein à main automatique et sous forme de bouton, caméra de recul, playlist Radio France, Android Connect™©, sièges chauffants7, vitres teintées électriques, rétroviseurs dégivrants et rétractables, grille-pain intégré, eau chaude à tous les étages, etc.

Bon. Là, le Berlingo qu’on a eu, outre qu’il était blanc8, était d’une génération, disons… antérieure. La voiture, bien que propre et super bien entretenue, accusait son âge. Au point même qu’on a lourdement soupçonné que son total kilométrique était bricolé. Qu’à cela ne tienne, elle nous a véhiculé sans soucis, même sur les pires routes9 et, finalement, les deux seuls reproches qu’on lui fera sera de n’avoir pas de vitres ouvrables à l’arrière10 et un manque de chevaux qui se ressentait pas mal en reprise et même en changement de vitesse11.

Enfin. Nous voilà à terre et véhiculés. Il ne nous restait plus qu’à trouver notre premier lieu de résidence puis un endroit où manger. Le GPS programmé, nous voilà à sillonner les petites routes de la péninsule de Chania pour aller vers le nord de la ville. Après quelques hésitations dues à la fatigue, à la déboussolation et au fait qu’il faisait bien nuit, nous avons fini par arriver devant le portail de notre chez-nous.

S’en est suivi un petit jeu de chasse au trésor imprévu. Le loueur avait laissé comme instructions ces lignes suivantes :

La clé se trouve dans une boite à code, sous la lumière extérieure.

Problème : la résidence comptait quatre appartements. Nous n’étions pas sûrs duquel était le nôtre, et « sous la lumière extérieure » il n’y avait rien. Pendant de longues minutes, chacun cherche un peu partout à la lueur de sa lampe de smartphone respective. Ça donnait un peu l’impression d’une chasse aux œufs de Pâques, de nuit, et sans œufs. Les locataires du rez-de-chaussée, sans doute inquiets des va-et-viens que nous faisions, se sont aimablement joint à notre quête de la boite-à-clés-à-code, tandis que d’autres commençaient à rédiger un message à l’attention du loueur pour lui demander des précisions.

Finalement, on a trouvé ladite boite, qui n’était pas du tout « sous la lumière extérieure » mais plutôt contre la face intérieure du pilier de rambarde de l’escalier, face à la porte d’entrée de service. C’est beaucoup plus long à écrire, je le reconnais, mais infiniment plus clair.

La maison est super chouette. Après une vaste terrasse, on entre dans la plus grande pièce de l’appartement ; le salon-cuisine. En face de l’entrée se trouve une autre terrasse, fermée par celle-ci. Ensuite un couloir mène aux trois chambres et deux salles de bain. On va être bien.

Après avoir largué nos tonnes12 de bagages et s’être brièvement rafraichis, on se décide à partir en quête d’un petit restaurant. Et ça tombe bien, car en passant en bas de la rue qui mène à notre princière résidence, nous avons aperçu une petite tarverna installée juste en face du minuscule port et de la plage. On remonte dans le Berlingotte et on dégringole jusque là.

Hélas… Il est onze heures passées. Le service est terminé, et même pour boire, nous sommes refusés. Le serveur nous explique que, comme nous sommes dans un tout petit coin pas particulièrement touristique, les restaurants ferment tôt. Il nous invite à descendre à Chania même pour tenter notre chance.

Dépités, nous remontons dans notre camionnette et reprenons la route que nous venions de faire quelques minutes plus tôt.

Notre location se trouve dans un petit hameau qui ne porte pas vraiment de nom13, mais qui est connu comme étant la plage d’Agios Onoufrios. Pour retourner à Chania, on traverse la ville de Kounoupidiana qui est situé sur une sorte d’éminence. Petite ville équipée de plusieurs supermarchés, stations essence, commerces divers et surtout de quelques restaurants. Lorsque nous traversons, beaucoup sont encore éclairés, avec des gens aux tables. Consensus est pris : s’il y a des gens attablés, alors pourquoi pas nous aussi ?

On se gare sur un parking terrain vague de l’autre côté de la rue, et on se dirige vers la terrasse joliment éclairée du restaurant joliment nommé « τα γουρούνια14 ». Une jeune femme s’approche de nous pour s’enquérir de nos intentions. Lorsqu’on répond que l’on compte bien bâfrer, c’est la « κρύο ντους15 », comme on ne dit absolument pas en grec. Ici aussi, c’est trop tard, le service est terminé. Néanmoins, à notre question de si, au moins, on peut boire un verre, après vérification auprès du patron, la réponse est positive.

Enfin, nous nous installons autour d’une table ronde et nous commandons notre première fournée de Fix. On relâche un peu, discutant de tout, de rien, de ce qu’on va faire, de ce qu’on aurait bien mangé si on avait pu16, et si le pantopoleion17 d’à côté est bien encore ouvert comme on le croit, et, si oui, on n’irait pas voir s’il n’aurait pas des des sandwiches ou des pitès ? Du coup, c’est ce qu’on va voir et, à défaut de sandwiches, on en ressort avec des Foudounia18 qu’on retourne crouncher pour accompagner la seconde tournée de houblon.

Enfin, après deux tournées qui, à défaut d’avoir la sensation de satiété qu’on aurait pu ressentir après avoir, par exemple, dévoré deux ou trois cochons rôtis à la braise, nous retournons à notre petite maison pour s’écrouler sur nos lits pour clôturer notre premier bout de journée crétoise.


Jour suivant


  1. En la personne de ma belle-sœur.↩︎

  2. Si nous sachions↩︎

  3. Assis, cette fois.↩︎

  4. Personnellement, j’aurai plus à me plaindre de la qualité type strapontin en bois avec rivets proéminents des fauteuils, et de l’exiguïté qui fait que j’ai toujours l’impression que chaque partie de mon corps s’appuie sur un truc contondant.↩︎

  5. Qui a fait la réservation de la voiture.↩︎

  6. Suite à des déboires lors d’un précédent séjour, il n’est plus question de faire autrement.↩︎

  7. Trrrrrès utile en Grèce durant une vague de chaleur, hein ?↩︎

  8. J’ai pas un goût incroyable en matière de couleurs de carrosserie, mais le blanc j’aime pas. C’est salissant et ça fait pas fini.↩︎

  9. Cf la ballade vers la plage de Balos. On en reparle dans 4 jours…↩︎

  10. Elles ne font que s’entrebâiller.↩︎

  11. Pour moi, c’était entre la 3e et la 4e. J’ai souvent eu du mal à monter la vitesse sans franchement la lancer dans les tours.↩︎

  12. Sacrément rationnés par Ryanair, autre cause de mécontentement.↩︎

  13. Ou alors on ne l’a jamais trouvé.↩︎

  14. « Les cochons »↩︎

  15. « Douche froide »↩︎

  16. Oui, on avait abandonné l’idée de dîner, du coup.↩︎

  17. Un pantopoleion, littéralement « qui vend de tout » est un petit kiosque de rue ou une minuscule épicerie qui vend tout et n’importe quoi ; bonbons, boissons, journaux, gadgets à touristes, tabac, etc.↩︎

  18. Et de clopz pour les plus intoxiqués d’entre nous (oui je dénonce, oui, oui, k’ess tu va faire quoi, hein, hein ?).↩︎

Dans les épisodes précédents… Saviez-vous qu’un chat a cosigné des recherches scientifiques ? Le petit voyage en Crète — Chapitre 2
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