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Ελλάδα 2022 — Jour 7

15 juillet 2022

C’est donc vers 10-11 heures que nous débarquons enfin sur l’île de Kythnos.

Première opération : la récupération de la voiture. Tout comme sur Syfnos, l’agence est à deux pas du débarcadère1. Vu l’heure et l’état de fatigue, on hésite ensuite entre taper la route jusqu’à la maison, ou lâcher l’affaire, errer comme des zâmenpènes et échouer dans un resto sur le port.

On charge les valises, on s’empacte dans la mini Suzuki, et roule ma κοτόπουλο !

La route n’est pas compliquée, même pour des gens ayant plus de 12 heures de déficit de sommeil dans les papattes. On arrive donc à Loutra, notre port d’attache. Pour gagner la maison louée, il nous faut traverser le village2 qui s’étale tout au long du littoral.

En effet, Loutra bénéficie d’une source d’eau thermale. Le plus grand bâtiment du coin est l’assez laid parallélépipède des thermes, alors fermés et en rénovation. Le reste étant composé d’une marina yatch club ornée de restaurants de l’autre côté de la chaussée, suivie d’une jetée en béton.

Nous traversons ça et grimpons3 vers la maison.

Et là, c’est le kiff. Cette maison est composée d’une très belle terrasse, d’un immense salon avec cuisine en déport, d’une vaste mezzanine, d’un étage où se trouvent les deux chambres, d’une arrière-cour barbecue/fil à linge, et surtout d’une superbe terrasse au point de vue carte-postalique.

La dite vueLa dite vue

Après avoir posé les boulets, s’être collé sous la douche avec un plaisir presque indécent et évité avec regret de faire un plongeon plaqué sur un lit, un canapé ou même une des chaises longues de la terrasse, nous redescendons à pied sur le port avec l’idée saugrenue, mais tenace de se faire un resto parce qu’étrangement, après tout ce temps, il est midi.

Nous longeons donc la route en contrebas et à contresens, nous arrêtant à chaque menu présenté sur un lutrin, tels des textes sacrés de temples gastronomiques.

Bon, l’analogie n’est pas si exagérée, parce que le premier constat que nous faisons est un peu piquant. Il se résume par :

« Purée, c’est pas les mêmes prix qu’à Sifnos !… »

Dans notre demi-lucidité, nous ne nous rendions pas encore compte que ces restaus se prennent un peu pour du chic parce qu’ils sont les restaurants de la marina de Kythnos.

Bref. On finit par en choisir un, plus par hasard et dépit qu’autre chose. Ce sera le Sofrano.

Sur la carte, le côté chic du restaurant ne se ressent qu’aux prix, le reste étant –en apparence– classique. Nous optons pour une salade dakos, du ragoût de chevreau en sauce tomate et un plat à base de kritharaki, dont j’ai oublié le nom mais qui ressemblait à un giouvetsi. Et puis ce qu’il faut de bière pour accompagner.

Là, pour raconter la suite, il faut que je vous explique ce qu’est un dakos.

Le dakos est un plat crétois composé de morceaux de pain sec (le paximadi) sur lequel on râpe des tomates fraîches sur lesquelles on met de la mizithra, un fromage de brebis crémeux, et qu’on assaisonne avec ce qu’il faut d’herbes, de câpres et d’huile d’olive.

Donc, si vous connaissez ou si vous avez jeté un œil à la page dont le lien est caché juste au dessus, vous avez une idée plutôt claire de ce qu’est un dakos. En plus de savoir que c’est rudement bon.

Le Sofrano apparemment, en a une tout autre idée.

Ce qu’on nous a présenté était une assiette de tomates cerise coupées en deux, avec une cuillère de mizithra et assaisonnée d’une sauce vaguement vinaigrette, crémeuse, noire, et sans vraiment de goût.

Il manque un truc, non ? Oui. Le pain. Le fuckin pain ! L’essence même du dakos, bourdayle !

Je ne vais pas vous ressortir le meme « WTF ‽ », mais c’est l’idée générale. On ne va pas aller jusqu’à dire que c’était mauvais. C’était passable, mais c’est tout de même une insulte ouverte au dakos traditionnel.

Ça n’a l’air de rien pour vous, mais pour nous… on en parle encore !

Le reste était passable, mais clairement pas à la hauteur du prix demandé. Sauf si on avait été dans un restaurant quelconque d’Aix. Et encore…

Bref. La digestion s’est déroulée sur la petite plage en contrebas de la maison.

l’auteur de ces lignes, un frappé à la main, une fatigue au visagel’auteur de ces lignes, un frappé à la main, une fatigue au visage

Après avoir eu l’illusion de récupérer de cet interminable transit nocturne qui nous a conduit ici, nous nous sommes décidé à aller voir à quoi ressemblait la plus grande ville4 de l’île, qui… attention, vous allez voir… se trouve pile au centre de l’île et s’appelle Chora, c’est à dire « village » en grec. Quand on vous dit que les Grecs ont le sens pratique.

Donc vers 19 heures, on se gare aux abords de Chora, et on se dirige pédestrement vers le centre. Sur le chemin, nous longeons l’école du village de l’île, que l’on découvre ouverte et allumée. Sur le portail, une affiche propose une exposition photo. Sans vraiment d’hésitation, on va voir.

C’était chouette et touchant. Les gens du village ont exhumé d’anciennes photos5 et avaient refait la même photo à l’époque actuelle. C’était intéressant et émouvant de voir comment les choses avaient pu changer ou ne pas bouger du tout.

À cette heure de la journée, le centre de Chora est noir de monde. Le village possède en fait deux visages. Un de jour qui est celui d’un petit village tranquille, paisible, aux rues dédalesques, et l’autre nocturne qui n’est que bars, terrasses d’attablés et restaurants à ciel ouvert. Sans compter les innombrables échoppes de spécialités et souvenirs.

Lignes de fuiteLignes de fuite

Même les pavés sont décorésMême les pavés sont décorés

Sans trop de délibération, après avoir parcouru de ci de là les zones animées du village, nous nous sommes assis au Το Στέκι του Ντέτζη pour y dîner.

On espérait rattraper l’erreur du Sofrano. Ce fut fort globalement réussi.

On a eu notre content d’ouzo, on a eu notre mécontentement de vouloir commander des kokoretsi6 pourtant au menu mais absent des cuisines.

Globalement, donc, on s’est régalés. Mais on a commandé un plat annoncé comme traditionnel7 de l’île. Il s’agit d’une cassolette d’émincés de poulet en ragoût8. En soit rien d’extraordinaire. Mais l’astuce, le twist, c’est qu’en dessous se trouve un lit de frites, puis encore en dessous, une couche de pain (de celui rappelant le paximadi du dakos.)

Wé, c’est bizarre, hein ? C’est ce qu’on s’est dit, aussi.

Bon, les frites avec le ragoût, pourquoi pas. C’est plutôt un classique. Les frites sous le ragoût, c’est déjà plus conceptuel. Mais de bonnes frites grecques9 mouillées de la sauce du ragoût, ça le fait aussi.

Le pain, on se dit aussi que ça peut le faire, à la manière du dakos10 mais chaud.

Mais, les deux en même temps ? Non, vraiment, c’est trop bizarre.

Et sur ce, c’était bien l’heure de rentrer se rouler d’aise sur les draps, et éponger les plus de 35 heures de veille.

Alors, à demain !




  1. C’est bien fait, quand même, quand on y pense.↩︎

  2. On aura vite fait de trouver une route qui évite la traversée, d’autant que celle-ci est interdite de 19h à 2h du mat.↩︎

  3. On a serré les dents sur deux montées, se demandant si la Suzuke allait y arriver.↩︎

  4. Hormis le port lui-même.↩︎

  5. Anciennes comment ? Difficile à dire, peu avaient de dates, mais on pense qu’elles avaient entre 50 et 70 ans.↩︎

  6. Non, vous ne voulez pas savoir. Mais, nous, on adore.↩︎

  7. Encore un truc que je n’ai pas noté et qui s’est évaporé de ma mémoire. Si vous m’en voulez de ces approximations, je comprend.↩︎

  8. La cuisine grecque aime les ragoûts.↩︎

  9. C’est un pléonasme. Les Grecs n’utilisent presque pas de frites toutes faites congelées. La plupart de celles servies en restaurant sont de véritables frites fraiches.↩︎

  10. Combien de fois ai-je écrit ce mot dans ce billet. Amie lectrice, ami lecteur, gagne ma stupéfaction en répondant à cette question !↩︎

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