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Sweeney Flop

Hier nous sommes allés voir Sweeney Todd, le dernier Tim Burton/Johnny Depp.

L’affiche dit : « Un nouveau Tim Burton c’est toujours un cadeau qu’on est pressé d’ouvrir ». Ce qu’elle ne dit pas et ce qui semble pourtant évident, c’est qu’un cadeau peut ne pas être à la hauteur des attentes.

Je n’irai donc pas par quatre chemins : c’était raté.

Par quoi commencer, tellement il y a à en dire sur ce film ? Bon, prenons comme ça vient.


Les chansons

Le film est une comédie musicale adaptée d’un spectacle de Broadway créé dans les années 80 et qui semble être une adaptation d’une vieille légende urbaine londonienne. Certes, pourquoi pas ?

L’adaptation avait déjà réussie à Burton & Depp avec Sleepy Hollow. Mais là, je crois pouvoir dire sans me tromper de beaucoup que déjà le livret d’origine ne devait pas être terrible.

Toutes les chansons sont typées années 50 et ne présentent guère d’intérêt narratif. On aurait très bien pu les supprimer au profit d’une adaptation dialoguée. Si ce n’est d’avoir la chance de dire « J’ai vu Johnny Depp et Alan Rickman chanter en duo », les morceaux chantés sont vites ennuyeux.

Il n’y a rien dans la musique ou la chanson qui accrochent l’oreille comme ont pu le faire les compositions de Danny Elfman pour L’Étrange Noel de m.Jack.

Et même la mielleuse chanson « Johanna », qui est sans doute la seule qui me reste vraiment en mémoire, s’éclipse sans peine devant le souvenir incontournable de « Maria » chantée dans West Side Story dont elle n’est finalement que la pâle copie.


Les personnages

On est vraiment dans un Tim Burton ?

Alors où sont passés les personnages bigarrés, baroques, gothico-dantesques qu’on a l’habitude d’y voir ?

Les deux seuls personnages qui semblent rattachés à l’univers si particulier de Burton sont le Bailli Bamford et Sweeney Todd. Mais là où le bailli s’en tire admirablement sous la composition d’un Timothy Spall en pleine forme, Johnny Depp perd toute sa superbe dans ce rôle de clône négatif et creux du si touchant Edward aux mains d’argent.

Personnage aussi pâle que son tein, ni attachant ni repoussant, aux motivations si monomaniaques qu’il en est caricatural, c’est un pantin chantant sans aucun relief. L’un des plus mauvais rôles de Depp, sans hésitation.

Quant aux autres figures, ils n’ont pas grand intérêt. Sacha Baron Cohen s’est visiblement amusé de son rôle de guignol italien, Alan Rickman est égal à lui même, aussi mystérieux qu’attirant. Quant aux jeune couple, il est pour le moins sans intérêt, le classique duo d’amoureux frustrés.


L’histoire

Quelle histoire ? Elle n’est pas très intéressante et c’est peu dire car si vous êtes comme moi habitués aux films de Burton, vous savez pertinemment qu’il était capable en partant de rien d’en faire un chef-d’oeuvre baroque.

Il l’avait réussi avec son premier film, Pee-Wee, il l’avait réussi avec Batman, il l’avait encore magnifié avec Sleepy Hollow. Alors pourquoi pour cette histoire là il n’a rien su donner

Si on regarde la bande-annonce, on pense bien se trouver en présence d’un bon Burton, car tout est centré sur le gothique Deep et sur sa chaise à bascule. Au final, vous vous doutez bien que ces deux éléments-là ne représentent rien vis-à-vis de l’histoire proprement dite.


Le gore

Ri-di-cule. C’est très à la mode en ce moment, c’est vrai. Rien ne semble satisfaire les cinéastes actuels si la moindre blessure ne génère pas son lot d’hémoglobine allant jusqu’à éclabousser l’objectif.

Burton, pensant réaliser une comédie, a choisi le parti-prit d’utiliser une hémoglobine visuellement irréaliste de par sa couleur (franchement rouge soutenu). Mais pour en faire quoi ? Ca coule, le rasoir virevolte quelques fois, mais il n’y a aucun lyrisme, aucun effet purement cinématographique à l’utilisation qu’il en fait.

Lorsque Todd lacère gorge sur gorge au moment clé du film, il n’y a aucune inventivité à la mise en scène de ces égorgements-bascules à répétition, ce n’est qu’une suite sans réelle variante du je-regarde-au-loin, je-tranche-une-gorge, je-fais-tomber-le-corps-à-la-cave et j’essuie-mon-rasoir-et-au-suivant.

Tiens, parlons-en de la glissade des corps vers le fournil de Mme Lovett. C’est finalement là que se niche la seule innovation visuelle : avec quelle insistance malsaine Burton s’attache à montrer le réalisme de chaque corps tombant à la verticale, la tête la première pour s’écraser lourdement sur le pavé. Lourdeur des corps, impact sourd et humide, et re-flot d’hémoglobine cérébrale en sus. C’est trop.

On peut tout de même dégager quelques points qui restent purement burtonniens, comme le concours de barbiers qui est un régal d’amusement, ou le rêve de vie de couple de Mme Lovett qui nous replonge dans une image faussement idyllique propre à Tim Burton, mais deux scènes sorties de leurs contextes ne font pas un film, encore moins un bon film.


Pour finir…

Je ne vais pas continuer à dégoiser sur ce film, mais je vais terminer en renouvelant notre déception, et en souhaitant que le prochain film de tonton Burton soit à nouveau digne de sa filmographie1.

Sweeney Todd est à oublier, à ne pas ranger dans sa DVDthèque. Passons à autre chose, et arrêtez de donner trop de budget à un cinéaste qui est plus à l’aise sans.

On aurait pu être en droit d’attendre quelque chose d’aussi barré, délirant et original qu’un Phantom of Paradise ou Rocky Horror Picture Show, on s’est retrouvé avec un pudding tiède.


  1. Nonote de ton futur toi : raaaaaté !…

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