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Hommage nécrophilique à Olivier Gechter

Olivier Gechter ? Oui, je l’ai très bien connu.

Nous avons même couché une fois ensemble, c’est vous dire. D’accord, nous étions complètement bourrés. Il ne s’en souvient pas d’ailleurs, je pense. Peut-être une vague réminiscence d’avoir eu du mal à s’asseoir durant un jour ou deux. Et encore.

Oui, je l’ai connu tout petit, comme je l’étais moi aussi à cette époque. Si nous avions eu une nourrice, nous aurions été frères de lait et de téton.

Je lui ai tout apprit, et il m’a tout donné. Ou l’inverse, c’est probable. Je lui ai apprit l’alphabet et il m’a apprit à compter. Ça a été très difficile, vous imaginez bien ; lui ne s’exprimant qu’en chiffres et nombres et moi en onomatopées et borborygmes de deux syllabes pas plus. C’est peut être là le secret de notre amitié, de notre complicité. J’oserai dire de notre gemelleité car nous avons partagé bien plus qu’une discussion à sens unique (de chaque côté).

Je crois me souvenir que nous partagions, durant une partie de notre vie commune, le même système gastrique. Tout au moins en partie. Car ce n’était pas tous les jours facile et certaines gens se moquaient de nous, mais nous n’en avions cure car nous avions une mission, un sacerdoce en forme d’intérêt commun face aux espaces des possibles dans l’univers de la fiction et de l’absurde en devenir.

Et puis nous nous sommes quitté, un beau jour. Non pas par inanimité mais parce qu’il le fallait, parce que c’était écrit, quelque part. Sur un papier à petits carreaux arraché à un carnet à spirales orphelines, et rédigé laborieusement au crayon de mine par quelqu’un dont ce n’était nullement la vocation, en regard des nombreuses tâches de sueur grasse qui constellaient notre feuille de route du destin.

Lors, nous avons divergé. Olivier s’est exilé à Paris pour se consacrer à l’élaboration de beaux enfants et travailler dans un domaine où les gens se font enlever. De mon côté, je suis resté dans le reste du monde à ne travailler qu’à mon compte et à profiter que quelqu’un d’autre ait fait des enfants.

Nous avons tout de même gardé le contact à l’aide des outils les plus sophistiqués qui sont à notre portée. Ces outils si compliqués à appréhender qu’il ne nous restait plus de temps pour travailler à nos oeuvres communes.

Olivier, libéré du carcan de notre difficile et phagocytante amitié, est parvenu à écrire tant de textes qu’il s’est vu publié plusieurs fois (par lassitude) et décerné un prix (par un édile). Quant à moi, privé du support de notre symbiotique amitié, je me suis enfoncé dans l’alcool de contrebourde, la drogue altermondialiste, dans l’écriture laborieuse et inachevante et le calembour facile.

Depuis, je ne lui parle plus, par prudence pour ses enfants et par respect pour un troisième individu qu’il n’est pas bon de nommer ici. J’ai quand même un peu de mal à vivre, et un peu mal au ventre sans les quelques dizaines de centimètres de viscères qu’il a gardé de moi lors de notre séparation. Une longueur toute relative qu’une bouteille de bon vin ne pourra jamais complètement combler.

(30/10/2010 à Saint-Martial)

Dans les épisodes précédents… Facebook à la mode ? Sans moi. Ça n’en finira donc jamais ?
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