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Arras-Aix

Je suis dans le TVG à destination de Aix. Encore 2h30 de trajet. J’ai rarement l’occasion de faire autant de train. Je devrais être rodé avec les déplacements du boulot, mais ce n’est pas tout à fait pareil. C’est plus relax ;)

Je dois encore avoir succombé à une pulsion de victime gadgetophile en sortant le mac maintenant. A côté de moi, deux messieurs assez mûrs, bien habillé et pour tout dire bien gras font joujou avec leurs palms respectifs (dont un doit avoir son interface Bluetooth activée puisque mon mac l’a détécté). Derrière eux j’ai entendu le pflwohomm” d’un XP qui démarrait. Alors j’ai voulu moi aussi montrer mon joujou et jouer à celui qui a la plus grosse.

Inutile de dire que j’ai gagné, gnièrk gnièrk gnièrk 1


Pour aller de la gare du Nord à la gare de Lyon, j’ai fatalement dû prendre le RER. Ca se prononce Rheûhr comme un râle d’agonie d’un tuberculeux en phase terminale. Prononcé ainsi, vous avez un résumé de ce qu’un provincial doit imposer à ses poumons lorsqu’il a à affronter la capitale.

Je l’ai déjà dit très avant ici même, mais je vais essayer maintenant de retranscrire un peu plus précisément ce qu’est pour moi de mettre le pied à Paris.

D’abord je dois rappeler que j’ai vécu six ans à Paris. Dans le XVème arrondissement. Six ans ! En y repensant je ne sais même pas comment j’ai pu tenir aussi longtemps. Sans doute parce que je n’avais pas le choix. Sans doute aussi parce que –quelque part– ça me plaisait.

Mais c’est sans regret que j’ai quitté cette ville. Et de temps en temps je suis amené à y revenir. Simplement y passer, que ce soit en voiture pour le boulot ou à pieds comme aujourd’hui pour n’y transiter qu’une heure ou deux entre deux trains. Et évidemment il m’arrive d’y passer bien plus de temps lorsque je rend visite à mes vieux copains qui, eux, sont restés parigots.

Objectivement, les sentiments que je nourris à l’égard de la ville sont multiples et pas nécessairement tous négatifs. Ca commence lorsqu’à travers les vitres du train (mettons que je prenne comme exemple mon voyage de ce jour) les tours des proches banlieues. Ce sont des bâtiments tristes, grands cubes de béton et autres matières rudes et bon marchés, barbouillés de couleurs voulues pour être gaies et chaleureuses mais passées et ternies depuis dix ou vingt ans. Un peu de verdure comme seules les villes en connaissent émaillent sporadiquement ces assemblages hasardeux et minéraux ; de grands arbres effilés qui par mimétisme accdidentel ou pollutif prennent la même teinte générale qui recouvre toute chose, même les gens.

Mon premier sentiment c’est une sourde angoisse face à ces constructions étouffantes et surdimentionnées. Je ne me sens pas à ma place, perdu, presque paniqué. «Mais pourquoi suis-je ici ?»

Mais ça ne dure pas. Parce qu’on arrive en gare.

Le deuxième sentiment c’est de la curiosité, de l’amusement. J’ai un regard très détaché face à la faune bigarrée et baroque qui grouille en permanence dans ces lieux totalement francs que sont les halls, les quais, les wagons de RER et même les abords extérieurs des gares. Toute l’humanité se trouve résumée, s’affichant sans arrière-pensée avec ses défauts et ses qualités. Ca parle toutes les langues, tous les accents, tous les voluments. Il y a tous les âges, tous les genres, toutes les folies, les ridiculeries, les m’as-tu-vuseries. Et moi je navigue au travers de cette mer de n’importe quoi humain avec le regard amusé du type qui ne se sent pas tellement concerné mais qui accepte avec plaisir de profiter du spectacle gratuit.

Et puis ensuite c’est l’admiration craintive et désolée. Je continue à regarder les gens s’agiter autours de moi, se diriger chacun à leur pas différent vers la suite de leur petite vie différente. Comment peuvent-ils vivre ici ? Comme ça ? Sont-ils obligés ou le font-ils par choix ? Ont-ils seulement essayé autre chose ? etc…

Et puis je me rappelle tous ces lieux qui sont typiquement parisiens et que je trouve totalement disproportionnés, tout juste à l’échelle de l’orgueil de mes contemporain mais tellement au dessus de ce qu’ils sont vraiment. Des endroits comme le quartier Beaugrenelle et son décor presque Bladerunnerien mais terriblement kitsch et faussement gai; comme la Défense, le mausolé géant ou les enfants de choeur du capitalisme absurde rendent hommage et entretiennent le culte du design minéral dans un lieu qui ressemble à un cimetière lovecraftien; ou comme les Champs Elysées ou l’esplanade des Invalides, lieux chargés d’histoires et d’importances touristques ou administratives qui finalement ne ressemblent plus guère à des lieux de vie.

Et pour terminer, la joie de retrouver les copains qui ont eu le courage de rester (pour l’instant). C’est vrai qu’en général lorsque je me trouve chez eux et qu’en regardant par la fenètre je ne vois qu’une façade identique en face, Hausmannienne et grisâtre, anonyme et infinie, je ne regrette que de n’avoir plus l’occasion de les voir quand je le veux, mais c’est en fait un grand plaisir de savoir qu’il me suffit que d’un peu plus d’une heure de train pour les retrouver le temps d’un week-end.


  1. Quand même, c’que je peux être con parfois…

Dans les épisodes précédents… Lendemains Difficiles J.S.B.
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