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L’arête maûûûûdite

Une histoire vraie

Tout commence vendredi dernier. Hélène prépare pour le midi un filet de poisson. Me demandez plus lequel, c’est pas ça qui m’a marqué.

Évidemment, malgré les précautions d’usage, LE truc finit par arriver ; je me coince une arête dans la gorge. Le coup classique qui m’est arrivé plus d’une fois.

Je procède aux opérations d’usage dans ces cas là; continuer à manger en faisant passer les aliments vers la zone occupée par l’intruse, ajout de mie de pain et force déglutition pour la décoincer le plus vite possible.

Tout cela fait que je suis gêné mais sans plus. Malheureusement il s’avère que ce n’est pas suffisant et la bête arête semble être toujours au même endroit.

Le lendemain matin, après une nuit tranquille, je ne sens plus rien.

Bah, bien ! Elle s’est décrochée durant la nuit, me voilà tranquille.

Le samedi se passe merveilleusement bien. Le dimanche aussi, avec repas de Pâques chez les parents. Le lundi encore mieux, avec ballade au bord de mer à Carry et repas au resto en famille. Tiens, je prend même du poisson, du lieu, avec des arêtes. C’est dire.

Le cauchemars commence mardi matin. En petitdéjeûnant, que sens-je ? L’arête qui bouge. Hé oui, cette petite saloperie était encore dans ma gorge ! Et pire que tout, elle s’est placé de telle manière que lorsque j’avale, l’une des pointes se plante dans le voile délicat de mon palais. L’horreur. Et plus les heures avancent plus je me ravage le palais à coup de déglutitions.

Midi se passe en douleur mais je parviens à manger. Cependant, je passe un coup de fil à mon médecin1 et j’obtiens un rendez-vous à 15h30. Je vous dit pas à quel point je trouve le temps long jusqu’à l’heure du rendez-vous. Une déglutition sur trois je sens la pointe de l’arête se planter littéralement dans le palais. Il faut même parfois que je me contorsionne la mâchoire pour parvenir à la décrocher.

Lorsqu’enfin l’heure du rendez-vous a sonné, je me suis précipité chez mon praticien attitré et lui ai exposé les grandes lignes de mon soucis. Elle a chaussé sa spatule en bois, allumé sa lampe et commencé à explorer mon intimité buccale. En vain.

Elle a tout de même diagnostiqué une petite plaie au niveau du voile du palais, diagnostique confirmé par un petit coup de tampon ouaté qui est ressorti bien rouge. Sans surprise de ma part puisque comme je vous l’ai déjà expliqué je sentais depuis ce matin l’arête labourer joyeusement ma gorge à chaque salivation.

Elle n’a pu faire autre chose que de me prescrire une dose de bain de bouche antiseptique et d’aller consulter un ORL le plus vite possible, lettre de sa part à l’appui. Sur l’enveloppe elle m’a collé deux adresses et soutiré 22€ pour la consultation.

Me voilà donc parti pour l’immeuble dit Hémistyle abritant un cabinet de cinq ORL. Sur le chemin je les appelle pour leur faire part de ma décision de me faire ôter un corps étranger malencontreusement logé là où il faut pas2. J’ai le plaisir d’entendre qu’on me fera passer en urgence. Je rapplique donc.

Après inscription dans les fichiers et signature d’une décharge administrative3, je rentre enfin dans le petit cabinet de mon peut-être-futur-sauveur. Je lui raconte à nouveau mes déboires et on passe dans la zone d’opération.

Premier soulagement, il la voit. S’en suit une longue série de manipulations à l’aide d’un côté un spatule (ou un écarte-langue ?) et de l’autre, alternativement, une pince coudée, un tampon ouaté ou un aspirateur.

Chaque séquence ne dure jamais plus de dix secondes, le temps que je peux tenir sans avoir un réflexe conditionné soit de déglutition soit de nausée. Chaque séquence se terminant très agréablement par un gleuargh de déglutition sonore (suivie par un argh de l’arête plantée là où ça continue de faire mal), soit par une version maltraitée d’un blurps, dernière sommation avant le renvoi pur et simple…

Le docteur ès tripatouillage de gorge s’est montré d’une gentillesse et d’une patience qui m’a touché. Malheureusement, au bout d’un temps relativement long à mes yeux, il a baissé les bras et avoué qu’avec les saignements il ne voyait plus rien et pensait faire pire que bien s’il s’acharnait.

J’avais tout envie d’entendre sauf ça. Mais la suite fut pire finalement. Il m’a donc prescrit un anti-inflammatoire en m’expliquant qu’à l’aide de ce médicament ma gorge serait plus tolérante et cela devrait permettre de laisser le temps à l’arête de se dégager toute seule.

Si dans les deux jours je ne sentais aucune amélioration, j’aurais à reprendre contact avec lui pour passer une journée en clinique, le temps qu’on m’anesthésie complètement la gorge afin qu’il puisse pratiquer l’extraction tranquillement sans que j’ai à dégorger des horreurs toutes les dix secondes.

Je suis sorti du cabinet tremblotant, le palais toujours aussi dentelé et délesté de 70€…

Je suis ensuite passé prendre mon bain de bouche (non remboursé) et mon anti-inflammatoire (non remboursé et que je n’ai eu que ce matin parce qu’à commander). Le soir, je n’ai rien pu boire ni manger, chaque mastication confinant à l’auto-mutilation. Je me suis couché en me demandant comment allait être la nuit.

Elle fut quasiment blanche, aucune position ne me laissant de répit. Vers 3h30 je me suis levé, en nage et au bord de la crise de nerf, je me suis rendu aux toilettes, bien décidé à faire n’importe quoi, genre vomir pour voir si ça aidait. Je me suis fourragé cinq minutes le fond de glotte avec le doigt, à la recherche du truc-qui-pique, sans rien sentir (mis à part les élancements des zones enflammées).

J’ai évidemment produit les sons conséquents à la manœuvre et je suis resté debout un moment, la tête tournant légèrement (je n’y avais pas spécialement été de doigt mort).

C’est au bout de ce laps de temps que je me suis rendu compte que j’arrivais à avaler sans sentir l’épine maudite massacrer mon délicat palet de gourmet.

Encore quelques minutes et quelques tests très prudents, et je suis reparti me coucher avec un sourire de damné en rémission. J’ai eu encore un peu de mal à m’endormir parce que je craignais encore qu’à tout moment le poinçon diabolique resurgisse4, mais j’ai eu la paix pour la nuit.

Et ce matin, à part la douleur rémanente du palais en cicatrisation et la gorge aussi douloureuse que lors d’une angine, rien de pire. Je me fais donc un réel plaisir à sucotter les anti-inflammatoires que j’alterne avec les bains de bouche, un sourire idiot affiché en permanence.

Une journée à la clinique ? Ouffff…

C’est Hélène qui a dû subir mes jérémiades de mourant et une nuit agitée qui est soulagée.


  1. Ou, plutôt, surprise ! À son centre d’appel.

  2. Et « là où le soleil ne brille pas » aurait ajouté Rincevent.

  3. Pour les honoraires libres, pas pour se couvrir en cas de raté.

  4. …et se plante totalement dans mon crâne, traversant le cerveau de part en part, etc…

Dans les épisodes précédents… Cours d’ATC n°6… ou 7 Le spam ultime
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